Hélène MUHEIM

Pnøma

Vernissage samedi 9 AVRIL 2016 à 16h30

Exposition: 6 AVRIL – 30 AVRIL 2016

 

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« Ils vont ! Les horizons aux horizons se succèdent, Les plateaux aux plateaux, les sommets aux sommets. On avance toujours, on n’arrive jamais »

Hugo, Les Châtiments

Essayer de partir du degré zéro du paysage, du degré zéro de l’image, pâle copie de la nature, pour en venir à s’interroger sur le moment de son émerveillement et sur la façon que nous avons de procéder à son maintien. Dans une société déterminée par la prédominance de la raison, une raison dont on ne saurait plus s’affranchir complètement, dans quels territoires peut encore s’immiscer le merveilleux ?

Lieu du proche et du lointain, lieu de mémoire, le paysage appelle une évaluation multiple qui nous force à redéfinir les rapports entre la nature et l’être. Il est le miroir des relations de l’homme avec la nature, la plaque photographique sur laquelle il a laissé une trace, une histoire à raconter. Morceau de «pays», arraché du regard à la terre, mais qui donne à lui seul la mesure de notre présence au monde.

Le paysage perçu est toujours doublé d’un paysage imaginaire. Derrière tout paysage il y en a un autre à découvrir. Lieu qui est un non-lieu, utopie du désir, qu’aucun déplacement dans l’espace ne permet de rejoindre. Un ailleurs promis par l’horizon qui ne serait qu’une chimère parmi d’autres, une limite qui ne cesse de reculer mais qui, à la suivre, nous reconduirait sur nos pas, condamnés à l’errance.
L’horizon est le lieu de l’autre, donc devient objet de désir : «Il m’arrache à l’illusion d’un espace autarcique pour m’ouvrir à la dimension du désir et à celle du possible», dit Claudel.

L’horizon constitue en lui-même le lien entre l’espace invisible et le sujet qui le regarde. Il devient la marque de sa présence au monde et la pulsation même de son existence. De même, le paysage ne prend consistance qu’au regard d’un sujet observateur. Tout horizon est fabuleux écrit Michel Collot. C’est la frontière qui permet au guetteur de s’approprier le paysage et de le définir comme son territoire, comme espace à portée de regard et à disposition du corps.

Il peut laisser penser que le champ visuel se poursuit au-delà du cadre de la représentation. Il clôt le tableau tout en l’ouvrant dans des lointains noyés de blanc.

Ainsi, le paysage perçu est doublé d’un paysage imaginaire. La limitation de la visibilité en fait une structure d’appel nécessitant l’intervention du spectateur, qui doit y répondre par le mouvement. À travers ces voiles d’images sont les blancs qui permettent d’inventer. Car si l’œil pouvait tout voir, il n’y aurait rien à en dire.

Pnøma ; souffle fluide et insaisissable qui souffle où il veut, principe vital par lequel le corps est animé. Pnøma, ou Prana en Inde, c’est l’esprit aérien auquel on attribue la cause de la vie et par la suite des maladies.

Hélène Muheim
Notes et lectures, 2016

En couverture
Son âme est restée collée sous ma langue, 2015
Graphite et ombres à paupière sur papier
200 x 210 cm

Gallery Paris