Sculptures Cor-Ten

23 NOVEMBRE 2013 – 18 JANVIER 2014

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Nic Joosen est née en 1933.

On dit d’elle qu’il y aurait eu un avant le minimalisme et un après, que le minimalisme l’aurait sortie de l’École de Paris et qu’ainsi initiée aux problématiques de ce mouvement d’avant-garde américain, elle aurait peu à peu lâché la peinture pour le volume et bientôt trouver son matériau de prédilection en l’acier Cor-Ten à l’instar de ses contemporains tels que Bernar Venet ou Richard Serra.

Du minimalisme on ne peut éviter d’en parler. Les œuvres de Nic Joosen disent tout ce qu’elles doivent à ce mouvement par leur dépouillement même, leur géométrie et la subtile modification de leur environnement immédiat.

Parmi les formes déclinées au sein de séries qui ponctuent tout le parcours du sculpteur, se trouve ou se retrouve le carré ou plus exactement le cube, incontournable référence du mouvement minimaliste pour ne pas dire « icône » depuis le Die de Tony Smith en 1958.

Châssis et toile servirent à l’artiste de matériel aux premières ébauches en volume. Outils quotidiens du peintre, ils se voient désormais renvoyés à leur statut d’objet, manipulés ils deviennent matériau du sculpteur.

Toile découpée en formes géométriques faisant alterner vides et pleins sur le châssis seront ces premiers pas dans le volume, ils donneront naissance à une série de pièces murales Fenêtres où le rectangle de la toile, se désolidarisant désormais du châssis prend son autonomie et tourne sur lui-même comme une ombre sur un cadran solaire.

Ne serait-ce pas au fond la figure du cube ici mis à plat et malmené ?
La sculpteur joue de ce cube, elle les fait pourrait-on dire « copuler » et -petite entorse aux principes minimalistes ?- en fait des autels portatifs que l’œil traverse de part en part. Ainsi d’un rectangle l’on peut déboucher sur une croix ou d’une meurtrière déboucher sur une horizontale etc.

Une série : le Pli ne serait-il pas tout simplement la figure déployée du cube ? Du cube déplié ? La série Couple ne serait-elle pas les deux parties d’un cube découpé se cherchant, tel le désir amoureux d’Aristophane ? Le Pas un cube dédoublé qu’une infime modification au bas du volume transforme en figure du mouvement ?

« Non emotional » strictement consignées à n’évoquer que leur propre forme, il reste aux œuvres leur matériau pour donner à voir ce chatoiement velouté si particulier à l’acier Cor-Ten.

Que dire du cercle décliné en cylindre, en fût qu’une légère distorsion dans le volume renvoie à tout un catalogue d’images et de formes antiques ? Quand découpé en tranches, le cylindre se fait pièce monumentale de mécano ?

Cercle se faisant spirale, spirale déclinée en ziggurat terminée ici par une sorte de lingam, symbole de Shiva.

Mais aussi spirale se faisant copeaux : Vagues,  tels d’immenses épluchures d’acier, merveilleuse image poétique que l’artiste avant de nous quitter, laisse derrière elle.

Enfin la pièce maîtresse de l’exposition : Clochers est exemplaire du principe de ce concept minimaliste du « non emotional ». Nic Joosen y laisse à chacun le soin de l’installation.

Posées sur des miroirs, les formes d’acier Cor-Ten ou d’inox ont été travaillées jusqu’à l’épure. Toutes sont extraites du corpus de clochers que l’on glane au gré de l’histoire de l’architecture religieuse en Belgique, en France ou au Maroc. Clochers et minarets cohabitent et dessinent un nouveau territoire, construisent une ville imaginaire dédoublée par le jeu des reflets.

Nic Joosen est décédée en 2007.
Elle laisse derrière elle le corpus d’œuvres d’un grand sculpteur.

Gallery Paris