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Jeffrey

Entretien avec Jeffrey Silverthorne (1) : « Ce que j’aime dans la photo, c’est que c’est tellement facile de faire en sorte que ça nous échappe ! »

Par Olivier ROSSIGNOT
A l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée à la galerie Pascaline Mulliez, Jeffrey Silverthorne nous a accordé une longue interview dont voici la première partie. Il y évoque ses débuts, son rapport à la transgression, sa manière de mettre en rapport photo et conception du monde, ainsi que la manière dont il utilise la mise en scène dans ses oeuvres. L’entretien eût lieu le 11 novembre 2016, soit quelques jours après l’élection de Donald Trump qui ne manque pas de le faire réagir.
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Jeffrey Silverthorne au fil du temps – Connaissance des arts

Jeffrey Silverthorne poursuit ici son travail sur le désir et la mort, poussant la représentation à l’extrême en exposant violemment la nudité de la jeunesse face à celle de la vieillesse. 

La galerie Pascaline Mulliez propose une quarantaine de photographies groupées par séries (de 2500 € à 15 000 €), réalisées entre 2006 et 2016. Durant cette période, l’artiste a évolué. Jouant d’abord sur le kitch et le grotesque, il s’accorde ensuite une intrusion dans l’histoire de l’art via des grandes thématiques, telle celle de Suzanne et les Vieillards ou celle de Lucrèce. La composition de l’image se précise, la futilité s‘évanouit pour laisser place à l’essentiel. Parfois, l’artiste se photographie dans des positions grotesques, comme dans ce cliché où il apparaît assis dans une bassine et se fait arroser. Autodérision ? Pas seulement. Jeffrey Silverthorne poursuit sa série le montrant avec son modèle, un dialogue qui se fige dans un éternel huis clos. Il s’expose dans sa nudité d’homme vieillissant face à de jeunes femmes très belles. D’autres fois ce sont des dames poudrées de blanc qui lui font face. Il ne porte rien, car dit-il, l’âge ne se travestit pas. Une réflexion sur le temps qui passe inexorablement.

 

Françoise Chauvin, Connaissance des arts

1er janvier 2017

https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain/jeffrey-silverthorne-au-fil-du-temps-1159824/

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Interview de Jeffrey Silverthorne dans lacritique.org

Jeffrey Silverthorne, Studio Work ou portraits choisis d’une rétrospective

Entretien réalisé le 10 novembre 2016 par Florence-Valérie Alonzo à la galerie de Pascaline Mulliez à Paris, en présence du photographe et de Béatrix de Koster, traductrice.

L’artiste américain né en 1946 expose à la galerie Pascaline Mulliez jusqu’au 7 janvier 2017 Studio Work, portraits choisis d’une rétrospective non linéaire de son travail depuis les années 1970. Portraits de femmes dénudées souvent en présence de l’artiste même, compositions colorées empruntant à la nature morte certains de ses codes, Jeffrey Silverthorne lorsqu’il photographie recherche : « une expérience physique, un terrain sur lequel les idées peuvent se confronter. »

Florence Valérie Alonzo : Dans certaines séries vous vous exposez habillé ou dévêtu aux côtés de vos modèles souvent dénudés. Vous tenez une poire à la main pour déclencher le cliché comme dans Kitchen work series (2006) ou Self-portrait as Artist (2007). Êtes-vous à la recherche du temps perdu ? Votre travail photographique est-il une tentative de temps retrouvé ?

Jeffrey Silverthorne : « Oui, il y a un passé collectif dans une certaine mesure …Peut-être que je cherche quelque chose que j’ai perdu, que j’aurais perdu… Il n’en reste pas moins que le plus important est le sens du regard. Voir comment les choses fonctionnent ou ne fonctionnent pas bien ensemble, comment elles s’intègrent, le contenu, son symbolisme et reliés à cela, la composition de la photographie, la lumière, et finalement le regardeur et la façon dont il appréhende la photographie l’aborde par rapprochements, par associations, par déductions etc. »

F.V.A : Peut-on dire de vos photographies qu’elles sont des natures mortes ?

J.S : « Oui, en tant qu’image. Mais il existe différents rapports à l’image. Si vous n’en connaissez pas les références en photographie, si vous n’êtes pas familier avec les références qu’elle suggère, le regardeur perdra quelque chose… Une partie du langage pour la comprendre se perd. La référence est avant tout un raccourci qui permet de parler de l’histoire de l’art, une histoire de l’être, de l’existence humaine, composée de nombreux systèmes de pouvoir et d’autorité ; exemples de références : Joseph Beuys, par exemple, la Mariée mise à nue par ses célibataires même de Duchamp, Rembrandt … la mythologie grecque. »

F.V.A : et Alfred Stieglitz ?

J.S : « J’étais particulièrement impressionné par son travail quand j’étais jeune. Mais que j’utilise désormais l’argentique ou le numérique, mon travail actuel n’est pas imitation de la peinture. Pour moi le numérique aujourd’hui offre plus de possibilités de faire ce que je veux faire que ne me le permettrait l’argentique.

F.V.A : votre autoportrait de 2012 ressemble à l’autoportrait de Bonnard.

J.S : « Je ne suis pas étonné que vous établissiez ce rapprochement…J’ai vu quelques photographies de Pierre Bonnard, mais je suis plus familier de sa peinture. C’est intentionnellement que je floute une photographie pour la situer en un temps indéfinissable, un temps qui n’appartient à aucune période bien spécifique. Yellow Veil (2007) par exemple, est le fruit d’une transformation. Tant que la photographie n’est pas donnée dans quelque temporalité spécifique, elle acquiert davantage en ouverture et en expressivité. Dans d’autres séries mes intentions relèvent plutôt du narratif, mais il ne m’est pas essentiel que chaque regardeur lise et fabrique la même histoire. Utiliser une lumière tamisée et par conséquent moins de contrastes permet plus de transformations, la liberté laissée est plus grande pour le regardeur. L’identification est primordiale. Il en existe deux sortes : on regarde l’objet et celui-ci entre en résonnance avec nous-même, notre intimité, notre intériorité. C’est ce qui m’intéresse et j’y reviens donc constamment. »

F.V.A : Certains de vos modèles ou vous-même avez le visage grimé de blanc… On dit parfois que l’inventeur de la photographie Niepce photographiait des fantômes et vous ?

J.S : « La plupart du temps jJe ne photographie pas les gens dans leur singularité, des individus ayant leur propre histoire. Dans Studio Work Mmes modèles sont des symboles. Qu’ils aient parfois l’aspect de fantômes est dû au fait que ce qui a été enregistré par l’acte de photographier n’existe plus désormais. Le moment photographié appartient au passé. Je recherche un instant qui dure plus longtemps, un moment hors du temps. Je recherche aussi une sorte de friction avec le regardeur dans l’idée de déclencher des tensions qui susciteraient une réflexion : ce qu’ont été les choses et ce qu’elles pourraient devenir. C’est cette tension qui est le plus importante pour moi. La photographie en elle-même n’est pas ce qui compte le plus. L’essentiel est dans la perception de celui qui regarde. Si certains de mes modèles ou moi-même sommes grimés de blanc, j’imagine que cela évoquera la figure du clown voire la figure du fou. Le clown arrive par accident. Il est ritualisé dans ses mouvements, plus accompli et en tant qu’acrobate il défie les lois de la normalité de la « gravité » psychologique. Et de la sorte il est à même d’ouvrir à proposer plus grand nombre de scenarii possibles. »

F.V.A : Quelles sont vos relations avec le modèle ? Dans la série Susanna and the Elders (2005) par exemple…

J.S : « Le modèle agit à la fois comme objet et comme miroir pour celui qui regarde. Il a un rôle de traducteur puisqu’il interprète ma mise en scène, et donc interprète ma direction d’acteur. Ce qui n’est pas forcément la même chose. De ce jeu peuvent naître des accidents. Il peut y avoir malentendu entre mes directives et ce que le modèle en comprend. Si ce que l’accident propose est meilleur que ma proposition initiale, il y a alors tout simplement une nouvelle mise en scène.

F.V.A : Dans Model with Blue Flowers and Watermelon (2006) ou dans la série Growing Older (2006), votre modèle est poudré de blanc, comme si elle portait un masque…

J.S : « Il y a plusieurs raisons à cela : en premier lieu c’est en raison de la spécificité de la personne, ensuite c’est une façon de mentionner l’intérêt que je porte au théâtre japonais, et enfin il s’agit aussi de capter la lumière. Par ailleurs et c’est important, on réduit ainsi les possibilités d’identification de l’individu, ce qui octroie plus de temps à la lecture de l’image.

F.V.A : Pour conclure…

J.S : « En vieillissant on peut devenir moins curieux des choses. Lorsqu’on est jeune on se satisfait plus facilement. En revanche, en vieillissant l’esprit est plus créatif et le plus important est la réalisation de ces créations de l’esprit. C’est ce que je m’efforce de faires dans mes photographies. La curiosité de regarder l’autre devient sensuelle et voluptueuse, et Le regard est sensuel dans le sens où c’est de là que naît la relation à l’autre. »

Florence Valérie ALONZO, lacritique.org

lundi 28 novembre 2016, Paris

http://www.lacritique.org/article-jeffrey-silverthorne-studio-work-ou-portraits-choisis-d-une-retrospective

Version anglaise originale below

The American artist, who was born in 1946, is showing his Studio Work at the galerie Pascaline Mulliez until 7 January 2017 ; this includes selected portraits from a non- linear retrospective of his work since the 1970s : portraits of women, often in the nude and often in the presence of the artist himself, colourful compositions that borrow certain still-life codes – when Jeffrey Silverthorne is photographing he is seeking ‘a physical experience, ground, where ideas can confront each other’.

F.V.A : In certain series, you can be seen dressed or undressed, next to your models who are often nude, and you are holding the shutter release of your camera, like in Kitchen Work (2006) or Self-portrait as Artist (2007). Are you seeking to recapture things past ? Is your photographic work an attempt to find what has been lost ?

Jeffrey Silverthorne : Yes, in a certain sense there is a collective past… Perhaps I am looking for something that I have lost, feel that I have lost… but what is most important is the meaning of looking, of seeing how things work and don’t work together, how they are integrated ; the most important is the content, its symbolism in relation to the composition of the photograph, then the light, and finally how the viewer approaches it with their associations.

F.V.A : Could one say that your photographs are still-lifes ?

J.S : Yes, with regard to the image. But there are different relationships possible with an image. If you don’t know the references of an image, if you are not familiar with the references it suggests, then the viewer is going to lose something… some of the language for understanding it becomes lost. The reference is first of all a short-cut for talking about the history of art which is a history of being complete with many systems of power ; examples include references to Joseph Beuys, to Duchamp’s la Mariée mise à nue par ses célibataires même, to Rembrandt … to Greek mythology.

F.V.A : and Alfred Stieglitz ?

J.S : I was more impressed by his work when I was young. Whether I use a film or digital camera now, my current work is not an imitation of painting. I find that digital cameras today offer more possibilities for what I generally want to do than film cameras.

F.V.A : The self-portrait you did in 2012 resembles Bonnard’s self-portrait…

J.S : I’m not surprised that you make this comparison… I’ve seen some of Pierre Bonnard’s photographs, but I’m more familiar with his painting. I deliberately made the photograph blurred because I wanted to situate it in an indefinite time, a time that does not belong to a specific period. Yellow Veil (2007), for example, is the result of a transformation. If a photograph is not set in a specific time, it becomes more open and expressive. In other series I’m more concerned with narrative, but it’s not essential that each spectator read and make the same story. By using subdued light, there is less contrast and more transformations are possible, and the spectator has more freedom. Identification is very important. There are two kinds : one looks at an object and there is resonance, it resonates within us, with our intimacy and interiority. That’s what interests me and keeps me returning.

F.V.A : The faces of some of your models and also your own face are sometimes covered with white… It has been said that the inventor of photography, Niepce, photographed ghosts. How about you ?

J.S : Often I don’t photograph individual people who have their own particular story. In this work my models are symbols, and if they sometimes look like ghosts it’s also because what is recorded, in the act of photographing, no longer exists. The moment that’s been photographed belongs to the past. I’m looking for a moment that lasts longer, a moment beyond time. I’m also seeking to create some sort of friction with the spectator in order to produce a tension that will encourage/ignite reflection, on how things were and what they could become, for instance. This tension is important to me. What counts the most is not the photograph itself. What is essential is how it is perceived by the person looking at it. If some of my models or I am covered in white, I think this is more evocative of the figure of the clown or maybe of the fool. The clown is created by an accident ; he is more ritualistic in his movements, more accomplished and, like an acrobat, defies the laws of normality of psychological gravity. And, as such, he can open a greater number of scenarios.

F.V.A : What is your relationship with your models ? In the series Susanna and the Elders (2005), for example…

J.S : The model is both an object and a mirror for the one who is looking. The model also acts like a translator since she/he interprets my staging, my mise en scène, and thus my directing. Which is not always the same thing. Accidents can happen playing this game. There can be a misunderstanding between my directions and how the model understands them. This accident can lead to a new mise en scène if what it proposes is better than my initial proposition.

F.V.A : In Model with Blue Flowers and Watermelon (2006) series Growing Older (2006), your model is powdered in white, as if she were wearing a mask…

J.S. : There are several reasons for this. First of all, it’s because of the specificity of the person, it’s a way of expressing my interest in Japanese theatre and, finally, it has to do with attracting light. It also reduces individual identification, which is important to have a longer time to read the image.

F.V.A : In conclusion…

J.S. : As people get older, they sometimes become less curious about things. When you’re young, it’s easier to be satisfied. But with increasing age you create more things in your mind, and the most important thing is to realise them. That’s what I work to do in my photographs. The curiosity of looking at the other becomes sensual and sensuous, and from that a relationship is created.

Florence Valérie ALONZO, lacritique.org

28 november 2016, Paris

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Portrait de Jeffrey Silverthorne dans Les Inrocks – le photoblog de Renaud Monfourny

Depuis une quinzaine d’années, Jeffrey Silverthorne, qui s’est toujours attaché à la représentation du désir, se concentre sur une théâtralité mise en scène dans son studio. Sa nouvelle exposition, Studio work (accompagnée d’un catalogue édité par la galerie) retrace son travail dans un remarquable ensemble ou le modèle et l’artiste écrivent des scènes de fictions abstraites mais ou l’on sent bien son attachement à l’histoire de la peinture et… à la question du vieillissement.

Jusqu’au 7 janvier, à la Galerie Pascaline Mulliez, 42 rue de Montmorency, Paris 3.

 

Renaud Monfourny,

Les Inrocks, 23 novembre 2016, Paris

 

http://blogs.lesinrocks.com/photos/2016/11/22/jeffrey-silverthorne-4/

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Jeffrey Silverthorne dans la rubrique Salon littéraire de l’Internaute

Jeffrey Silverthorne : game over

L’amorphe, l’inanité, le « blank »  de l’Anglais (cette couleur particulière, sorte d’ombre  étrange entre le brouillard et la transparence), le blanc et le gris créent chez  Jeffrey Silverthorne ni drame ni  jeu, ni envers ni  endroit, et pas plus un bien et un mal, un blanc et un noir. L’énergie des (rares) personnages encore vivant  se perd, se dilue, comme affaiblie en une extrême limite. Elle semble ni formatrice, ni conductrice tant son niveau est bas dans le pétrissage et le métissage de l’ombre.  Mais cette dynamique du creux porte l’image à la valeur d’aura et donne à l’œuvre sa paradoxale puissance.

 Jeffrey Silverthorne place  de la sorte sa recherche dans la dialogue  artiste et modèle au sein de huis clos parfois mortifères. Ils ramènent à la peinture italienne classique et baroque. Le photographe les évoque à l’aide de mises en scène performées par acteurs et actrices. Le nu féminin ou masculin et l’autoportrait dominent dans l’œuvre dont la plus célèbre série « Morgue Work » (1972-1991) concentre une esthétique du proche et du lointain. Le corps devient une sculpture funèbre sidérante de gisants postmodernes créés par des photographies « live » (si l’on peut dire) ou par montage. Jusque dans ces corps comme dans ceux de la vieillesse Jeffrey Silverthorne tente au-delà du monstre et de l’horrible à prouver que le désir résiste dans les dispositifs de tableau vivant. Ces narrations plastiques  créent en  leurs douteuses évidences des cassures dans l’absence de réaction aux dynamiques du réel. Mais les formes dépassent les dualités et oppositions vie/mort afin de montrer la complexion et la complexité du réel par ce qui en est apparemment le plus éloigné mais en charpente la critique subtile, poétique et intelligente.

Jean-Paul Gavard-Perret

16 novembre 2016, Paris

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/arts/review/1943219-jeffrey-silverthorne-game-over

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Un bel article sur Jeffrey Silverthorne dans Artpress

Connu pour ses sujets extrêmes, l’Américain Jeffrey Silverthorne présente plusieurs séries de mises en scène récentes.

De l’œuvre protéiforme et proliférante de près de cinquante ans de Jeffrey Silverthorne, la galerie Pascaline Mulliez montre des mises en scène réalisées depuis une douzaine d’années. L’Américain, très marqué à ses débuts par Diane Arbus, a délaissé les transsexuels, les prostituées et les macchabées qui peuplaient ses séries les plus connues (avant tout Morgue Work, 1972-91, et sa fameuse Woman Who Died in Her Sleep, 1972) pour des modèles souvent recrutées sur petites annonces. Pas moins saisissantes, ces mises en scène renouent avec une iconographie cryptée qui était celle de la série Silent Fires (1982-84), empreinte de récits bibliques ou mythologiques comme celui d’Orphée et Eurydice. Mais, à l’inspiration fantastique de cette série tellurique, les travaux récents préfèrent le grotesque. Telle est l’impression qui saisit le visiteur qui, dès l’entrée, tombe sur The Caucasian Staircase series et ses corps qui semblent avoir lourdement chuté dans les escaliers d’un espace réduit et surchargé. Cet espace, c’est le sous-sol de la maison de l’artiste. La cave est pour Silverthorne une image de l’inconscient mais, précise-t-il, de l’inconscient collectif jungien plus que du refoulement individuel. La distinction est d’importance car, même si le photographe se met presque systématiquement en scène avec ses modèles, et parfois seul, son œuvre n’est pas autobiographique : elle donne forme à des notions, comme la transgression, la transformation ou la transcendance. Des motifs se retrouvent d’une série à l’autre, à l’instar de l’escalier, symbole de l’ascension et de la chute, qui réapparaît dans l’espace, cette fois vide, du studio de la série Growing Older, ou des bigoudis qui auréolent les visages des modèles. Quand ils ne font pas les morts ou ne sont pas pris dans une posture ou une action dont la signification échappe, Jeffrey Silverthorne et ses modèles regardent l’objectif, c’est-à-dire, le visiteur en train de les regarder. Ainsi de ces trois photographies qui figurent une même jeune femme, plus ou moins vêtue d’une image à l’autre, qui, si l’on en croit les titres, couche un rêve sur le papier ou se prépare à rêver : c’est Silverthorne qui, tapi dans l’obscurité, l’éclaire de sa lampe de poche et nous fixe avec une insistance gênante. La question du regard est donc essentielle dans ces dernières séries. Se réduit-elle pour autant à la pulsion scopique, comme pourrait le laisser penser le titre d’une série emprunté au récit biblique de Suzanne et les vieillards ? Dans la préface du catalogue, l’historien Michel Poivert va plus loin : « Jeffrey Silverthorne nous met dans la position de désirer ce qu’il désire en tant qu’artiste. » De fait, les « dispositifs désirant » de Silverthorne sont « de véritables pièges où l’artiste et son modèle nous racontent l’histoire du désir de la photographie à devenir de l’art, à mimer les codes de l’art : une histoire érotique du rapport entre peinture et photographie, comme le serait un amour ancillaire (du maître avec la servante) ». Sans doute un peu sage dans sa forme, alors que la précédente présentation de l’œuvre à Paris, à la galerie VU’ en 2011, brouillait la chronologie et les séries et visait l’éclatement, cette exposition cohérente met en lumière de nouveaux enjeux de l’œuvre, comme la relation entre l’artiste et son modèle. Elle permet aussi de saisir les évolutions les plus récentes dont témoignent les beaux portraits d’une jeune femme en Lucrèce : Silverthorne ne renonce pas au récit que peut mettre en branle un titre, mais il se passe des accessoires et de leur symbolique réelle ou supposée pour laisser toute sa place à la seule présence, troublante, d’Aurora.

Étienne Hatt

Artpress

10 novembre 2016

http://www.artpress.com/2016/11/10/jeffrey-silverthorne-studio-work/

AfficheExpo

Tristan BASTIT – Le dessin d’abord !

Du 25 septembre au 31 décembre 2016

 

Le dessin d’abord !

 

Ce projet est né de la rencontre avec trois artistes, Élisabeth Buffoli, Claude Cussinet et Jean-Loup Cornilleau, qui en assurent le commissariat en collaboration avec le Musée-Château Saint-Jean.
« Depuis les années 1960-1970, l’engouement pour le dessin n’a fait que croître ; son retour remarqué est toujours le thème d’importantes expositions nationales et internationales.
Ce regain d’intérêt résulte sans doute du fait que le dessin n’est plus perçu comme esquisse préparatoire mais comme une œuvre à part entière, exprimant souvent un maximum de choses avec une grande simplicité de moyens. »
« Comme l’annonce son titre, le propos de cette exposition n’est pas de réunir plusieurs artistes répondant à un thème théorique plus ou moins accrocheur, mais de se concentrer sur la pratique, la richesse de l’inspiration, la singularité du regard, la diversité des moyens d’expression, et pour paraphraser Gustave * « la force interne du style ». » *Gustave Flaubert (1821-1880)

L’exposition présentera un choix éclectique d’œuvres marquantes (dessins, gravures, estampes, éditions, documents) provenant de collections particulières (certaines issues de la région), de galeries ou directement d’ateliers, signées d’artistes incontournables, connus, moins connus ou à découvrir, ainsi que de prêts d’artothèques ou de musées.
La scénographie contribuera à évoquer l’atmosphère de cabinet de dessins où chacun pourra prendre le temps et le plaisir d’apprécier les affinités et les contrastes des œuvres présentées.

Parmi les auteurs pressentis, toutes périodes et styles confondus, après contacts pris avec plusieurs collectionneurs et galeries parisiennes ainsi qu’avec Maximilien Guiol, conseiller en art installé dans le Perche : Gilles Aillaud, Hans Bellmer, Buraglio, Cabu, Chaissac, Crumb, Dado, Degottex, Olivier Debré, Derain, Dubout, Max Ernst, Gérard Garouste, Giacometti, Raymond Mason, Michaux, Aurélie Nemours, Reiser, Sam Szafran, Tal-Coat, Alexandre Trauner, Tignous, Willem, etc (sont prévus une soixantaine d’auteurs, dont plusieurs illustrateurs, ainsi que certains dessins anciens prêtés par des musées.
Il est également prévu de présenter dans l’une des salles du musée un choix de dessins réalisés par les étudiants de quelques écoles d’art.

Des ateliers animés par Claude Cussinet, Élisabeth Buffoli et Jean-Loup Cornilleau seront programmés.
Édition d’un Petit Journal de l’exposition par le Musée-Château Saint-Jean 16 pages, quadrichromie, H. 23 x L. 20 cm ouvert L. 40 cm.

Château Saint-Jean
Rue du Château
28400 Nogent le Rotrou

Miloš Síkora et František Kupka à Beaugency

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L’ Ange Sur Le Toit
Loire-Finistère – Forêt Tropicale
Vernissage Jeudi 22 septembre
Exposition 17 septembre – 23 octobre
Église Saint-Étienne, place du Martroi,
45190 Beaugency

 

Proche du milieu surréaliste praguois sans pour autant être membre du groupe surréaliste tchèque – auteur, dans les années 60, de tableaux en noir et blanc, à la ligne épaisse et graphique – créateur, dans les années 70-80 d’objets et d’assemblages faits de ruches et de rebuts divers – Miloš Síkora partage désormais sa vie entre la France et la Bohême.

Son arrivée en France, à la fin des années 80, suivie de plusieurs voyages en Inde, marqua un tournant radical dans son œuvre. Avant tout, il s’agit de la rencontre avec une luminosité tout autre. Nous trouvons sur ses tableaux et dessins des motifs qui ont presque toujours une base réaliste. La plupart du temps, cette base est facile à discerner : des animaux – oiseaux, vaches, chiens, singes… – tel arbre, telle montagne, voire des stupas ou mandalas aperçus en Inde… Mais souvent, cette base est voilée, comme si l’on clignait les yeux, parfois même à tel point que nous n’arrivons plus à la reconnaître. L’intérêt de son œuvre vient justement de cette tension entre une base conçue de façon réaliste et une élaboration plus abstraite, où l’accent est mis sur la composition et la luminosité. Ce voile, donnant aux tableaux de Síkora leur ambiance si particulière – mystérieuse, parfois presque onirique, et pourtant si familière – découle d’ailleurs le plus souvent d’une variété de sources lumineuses ou de luminosités liées au climat, à la brume, au vent, à l’ondoiement de la chaleur…

 

Dans le cadre de la programmation « František Kupka (1871-1957) et Beaugency »