Jean Lambert NOËL

Rêveries mathématiques

5 FÉVRIER – 7 MARS 2015

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Nous étions voisins, cité Griset. Jean Noël avait pris l’habitude d’accepter un café de temps en temps, à la galerie, lors de ses rares apparitions à Paris. Un jour je suis passée à l’atelier, et ce fut une surprise, même un véritable étonnement. Il m’a fallu du temps, un déménagement aussi, pour enfin proposer au sculpteur de montrer dans la nouvelle galerie ce travail si singulier. Singulier parce que, habituée à penser la sculpture en terme de masse, en tant qu’emprise au sol, comme objet autour duquel je peux tourner, je m’étais trouvée devant un ensemble d’œuvres légères, littéralement aériennes, la plupart accrochées aux murs ou au plafond de l’atelier.

C’est le matériau de récupération que Jean Noël travaille en un premier temps (plaque ondulée de PVC, éléments plastiques, morceaux de tôles, structures métalliques, tissus, résine, carton etc.) pour réaliser une série de volumes esquissés, pourrait-on dire, en creux. « Tension-compression » fait la trame de ces recherches. S’y contredisent la dureté rectiligne d’une barre de bois et l’ondulation d’une plaque de PVC, la souplesse d’un tissu et la rigidité d’une tige d’acier. L’œuvre peut amorcer un mouvement, ample certes mais stoppé en un frêle équilibre, scandant subtilement l’espace dans lequel elle se trouve. Équilibre souligné par les rapports de tonalités de couleurs franches que le sculpteur passe sur certaines parties de ses travaux.

« Construction » est l’autre temps de la sculpture de Jean Noël. En une géométrie rudimentaire, le volume, toujours en creux, est un assemblage de formes morcelées de par les matériaux constitutifs ou le découpage de cartons (plume ou ordinaires), que l’artiste recouvre d’une couleur quasiment atone.

Fixées au mur à l’aide de simples épingles, les tout derniers travaux, petits à être tenus dans le creux de la main, se sont vus recouvrir d’un blanc qui ne leur laisse plus qu’un léger froissement volumétrique pour dire leur seule présence.

L’idée serait-elle que l’œuvre soit désormais si éthérée, si ténue, que le regardeur pourrait bien passer à côté sans la voir ?

Pascaline Mulliez
Paris le 6 janvier 2015