Stéphane VANDENPLAS / Elizabeth HAYLEY

Caravelles des jours ordinaires / Awaiting Tide

8 NOVEMBRE 2014 – 10 JANVIER 2015
two-person exhibition


Stéphane VANDENPLAS

Caravelles des jours ordinaires

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Entre chien et loup

Le flou a ses contours nets, il tranche dans la matière photographique, comme le font parfois les ombres. Car si la brume enveloppe l’objet, la figure, la ligne d’horizon, elle éveille une empreinte de celles qui nous échappent d’ordinaire, lui rend une clarté insoupçonnée.

La dernière série de Stéphane Vandenplas, Caravelles des jours ordinaires, 2014, se présente comme un journal photographique issu d’une exploration de zones liminales, là où par un jeu d’optique, le quotidien révèle sa face dormante, sa doublure, son envers.

Il ne s’agit pas, on dirait, de surprendre un événement visuel, mais plutôt de s’attacher à voir — photographiquement — de quoi il est fait dans sa banalité troublante. Il s’agit de se laisser surprendre par la variété de matières, de consistances transformées par la lumière (ou son absence) en nouvelles possibilités figurales. Les dégradés de gris, les noirs profonds, veloutés, les blancs denses, ou transparents, en pointillé ou en touches amples dessinent des volumes, des creux, des rythmes lents alternant avec des fulgurations.

Au fond, ces caravelles, dites des jours ordinaires, évoquent plutôt des voyages nocturnes dans le sens le plus technique du terme, celui de l’image latente qui surgit dans un éclair, d’une étrangeté qui nous est pourtant familière, d’un figural en train de se dissoudre pour faire surgir l’envers du visible, d’une fente illuminée le temps d’un oubli. La densité métaphorique de la démarche de Vandenplas est soutenue par des choix formels ramenant en premier plan des franges du visible : les angles décalés ou une frontalité désarmante, des cadrages qui déstabilisent l’image intervenant comme une découpe dans le réel, la variation des temps d’exposition.

D’une série à une autre, Stéphane Vandenplas, flâneur des grandes espaces et des coins abandonnés, poursuit un travail de grande finesse et précision pour saisir le visible de l’intérieur de l’image.

Anca Cristofovici
auteure de Touching Surfaces. Photographic Aesthetics, Temporality, Aging.


Elizabeth HAYLEY

Awaiting Tide

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Au fil du temps —

On aime à penser que la photographie arrête le temps et non qu’elle nous confronte à son passage. Elizabeth Hayley fait partie de cette famille d’artistes qui donnent un corps au temps, corps flottant, tantôt épais, tantôt aérien. À l’époque où l’on déplore la facilité de la photographie, Hayley pose des obstacles à l’image, relève un défi, diffère le moment de sa révélation. Conçues plutôt comme des tableaux — associant techniques de la gravure et diverses procédés photographiques — ses œuvres ne se présentent pas comme des belles images à regarder, mais comme des objets longuement élaborés, des méditations sur des traversées au cœur des ténèbres, dans le ventre d’un vieux bateau dont la cale n’est pas sans rappeler la chambre noire, l’alchimie de lumière et obscurité qui s’y opère (Six Feet Below, One Man’s Treasure, Outside Time).

L’eau, aussi, c’est du temps qui passe. Elle soutient et transforme peu à peu le corps du bateau. De ce temps qui nous échappe on éprouve la densité comme, d’ailleurs, la transparence grâce à des substrats en cuivre, laiton, ou aluminium que l’artiste prépare selon des protocoles anciens (du daguerréotype, de la photogravure) pour accueillir dans la chambre noire le négatif moyen format pris à l’aide d’un appareil reflex ou d’un sténopé. Le recours aux pratiques anciennes n’est pas de l’ordre de l’expérimentation. Comme l’habitation mouvante qu’est le bateau, il est une nécessité intérieure, une expérience. La vie à la surface de l’eau exalte les qualités des matières (bois, cuivre, toile, corde) et la perception de ce qui se passe à leur contact. Cette expérience, également celle de durées introspectifs, Hayley nous invite à la faire à travers la tactilité rehaussée de ces images : les moirages rendus par les supports réflexifs ou les accidents issus de l’intervention de la main sur la plaque. Autant d’effets picturaux qui donnent de la profondeur à l’image et une finesse aux teintes que Turner cherchait dans ses marines (en peinture et gravure) (Rainbow, Stuck Fast). De manière naturelle, la picturalité de ces tableaux photographiques se double d’une valeur documentaire : celle de la vie sur un navire, des communautés de pécheurs, d’une manière de regarder et de faire (Practicality, Awaiting Tide).

Ainsi touche-t-il, le travail photographique d’Elizabeth Hayley, à ce qu’il y a de plus mystérieux dans la présence du passé.

Anca Cristofovici
auteure de Touching Surfaces. Photographic Aesthetics, Temporality, Aging.